Ecrire le premier chapitre

Bonjour à tous,

Après vous avoir parlé de l’inspiration la semaine dernière, aujourd’hui, je voudrais aborder plus en détail de l’écriture du premier chapitre. A bien des égards, le premier chapitre est le plus difficile, c’est celui où l’on se plonge dans le bain de l’écriture, quand on ne sait pas encore tout à fait où cela va mener.

C’est aussi un chapitre qui concentre beaucoup d’exigences : présenter les personnages, introduire l’univers et démarrer l’intrigue, tout en attirant suffisamment l’attention du lecteur pour lui donner envie de tourner la page. Bref, la pression peut vite devenir énorme, mais ce n’est pas non plus une fatalité. Le premier chapitre peut aussi être l’un des plus excitant à écrire.

Attention, ici je ne vais pas parler du prologue, qui est un peu différent à mon opinion. Si cela vous intéresse, je pourrais vous en parler dans un autre article.

En ce qui me concerne, je ne suis pas fière de l’avouer, mais j’ai dû réécrire le premier chapitre de mon roman actuel au moins une trentaine de fois, voire plus (j’avais eu l’idée de cette histoire quand j’étais au lycée, et chaque fois que je fouille dans mes anciennes affaires je tombe sur une autre version…). Dans ma grande naïveté, j’étais persuadée qu’il fallait que mon chapitre soit parfait avant de pouvoir passer au suivant. Et un jour, j’ai eu une révélation : si j’avais continué à avancer au lieu de réécrire sans cesse le même chapitre, mon roman aurait été achevé depuis des lustres !

Ça parait peut-être idiot, dit comme ça, mais à l’époque je n’écrivais pas encore sérieusement. Je terminais un chapitre, puis je n’y touchais plus pendant des mois, ensuite je le relisais pour me replonger dans l’univers et comme je le trouvais horrible, je le réécrivais, puis je le laissais de côté et le cycle recommençait. Il m’a fallu un moment avant de me rendre compte que j’étais coincée dans cet engrenage. (Et il y a aussi le fait qu’à 16 ans je ne me sentais pas encore assez mature pour écrire une histoire de cette envergure).

Mais l’avantage, c’est que maintenant j’ai une solide expérience en écriture de premiers chapitres (ratés), et cela me permet un peu mieux de comprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Voici donc ma liste d’astuces pour écrire un premier chapitre satisfaisant.

1) Ne pas corriger le premier chapitre avant d’avoir tout écrit

Celle-là, je suppose que vous avez dû la voir venir, venant de moi. Je le répète souvent, le premier jet d’un roman sera forcément bancal (voir nul), mais c’est tout à fait normal. C’est la phase où l’on découvre soi-même l’histoire qu’on veut raconter, où l’on se familiarise avec l’univers, etc. Du coup, si on y pense, le premier chapitre est un peu comme le brouillon du brouillon. Que l’on ait un plan détaillé ou non, il y a toujours des éléments de découverte dans l’écriture. Et donc, ce n’est absolument pas le moment de rechercher la perfection.

En outre, en écrivant les chapitres suivants, vous vous rendrez sûrement compte que vous avez besoin de modifier le premier chapitre. Il vaut donc mieux éviter de perdre du temps à corriger des passages que vous n’allez peut-être pas garder. Les corrections sont bien plus efficaces à la fin, une fois que vous avez bien toute l’histoire en tête et que vous connaissez les personnages du bout des doigts.

Idem, il vaut mieux ne pas trop se soucier d’écrire la première phrase parfaite, ni de trouver la formulation choc qui accrochera le lecteur. On dit souvent que l’incipit doit résumer le thème principal ou le conflit central du roman, or il est difficile de l’inventer quand on n’a pas encore une vision claire de l’histoire dans son intégralité.

Si le sujet de l’incipit vous intéresse plus en détail, je vous renvoie vers le très bon article du Fictiologue à ce propos.

2) Donner la priorité aux personnages

On pense souvent au premier chapitre comme celui où l’on doit présenter l’univers au lecteur, lui expliquer son fonctionnement et lui donner les noms de toutes les créatures ou bizarreries magiques qu’il rencontrera au cours de l’histoire. Mais en réalité le premier chapitre n’est pas le plus approprié pour faire cela.

Le plus important dans le premier chapitre, c’est de susciter l’attachement du lecteur pour les personnages (ou au moins un sentiment de curiosité dans le cas de personnages antipathiques). Votre priorité est donc d’introduire vos personnages, et en particulier, le protagoniste, de la façon la plus intéressante possible. Qui est-il ? Que veut-il ? Pourquoi doit-on suivre ses aventures ? Sans cela, même si votre univers est fascinant, le lecteur n’en éprouvera aucun attachement émotionnel.

Pour cette raison, il vaut mieux éviter de commencer l’histoire avec le personnage qui se lève le matin. Tout d’abord c’est un cliché qui peut trahir un certain manque d’imagination (à moins d’avoir une bonne raison de le faire), mais bien souvent, ce n’est pas le meilleur moyen de mettre en avant la personnalité du héros. Vous avez le droit de faire commencer l’histoire à n’importe quel moment de la journée, choisissez-en un qui le mette mieux en valeur.

A ce stade, la présentation de l’univers peut se limiter au strict minimum, quitte à y revenir plus tard pour préciser les détails, donner les noms corrects, etc. A titre, penchez-vous sur les premiers chapitres de vos romans préférés, ou le premier épisode de vos séries favorites, bien souvent, les informations sont distillées au compte-goutte.

3) Ecrire au présent

Quand je parle de « présent », je ne veux pas parler du temps de conjugaison, pour ça vous faites ce que vous voulez. Ce que je veux dire c’est que l’action devrait se dérouler en direct au moment où le personnage la vit, et non nous être racontée après coup dans un rêve, un flashback ou simplement par le personnage perdu dans ses pensées.

C’est une erreur que l’on fait assez souvent quand on débute dans l’écriture. On montre le protagoniste au saut du lit, et pendant qu’il se prépare pour la journée, il se met à passer mentalement en revue l’intégralité de sa vie : ses amis, les relations qu’il entretient avec sa famille, ses frustrations, ses problèmes, etc. Sauf qu’en réalité, il ne se passe rien d’intéressant dans cette scène, et souvent il n’a pas vraiment de raison de penser à tout ça maintenant.

Plutôt que de présenter un « inventaire » de la vie du personnage, il serait plus intéressant de le placer dans des situations qui nous montrent directement toutes ses informations, sans avoir à les résumer. Si les amis du héros sont importants, pourquoi ne pas les présenter lorsqu’ils interagissent avec lui ? Si le héros est tracassé ou frustré, confrontez-le directement à ses problèmes, plutôt que d’en parler de façon abstraite. (Par exemple, plutôt que de faire le héros réfléchir dans son coin à sa relation conflictuelle avec sa mère, écrivez une scène où il se dispute avec elle).

Je trouve que se forcer à écrire uniquement ce que le personnage vit à l’instant présent permet aussi d’éviter les descriptions inutiles ou les digressions trop longues sur le fonctionnement de l’univers. Par exemple, dans les premières versions de mon roman, l’héroïne, Olivia vivait dans un temple, et je passais des pages à décrire en détails toutes les différentes salles et leur usage, alors qu’elle n’y mettait même pas les pieds.

4) On veut du conflit

Pendant longtemps, j’ai eu beaucoup de mal à écrire des premiers chapitres intéressants, parce que je considérais que c’était le moment où il fallait présenter la situation initiale du personnage : autrement dit sa vie banale et ennuyeuse. Le problème, c’est qu’une vie ennuyeuse, c’est tout aussi barbant à raconter qu’à lire.

Tout d’abord, rien n’oblige le protagoniste à mener une vie ennuyeuse avant le lancement de l’intrigue. La situation initiale signifie simplement qu’il est coincé dans une sorte de statut quo, avant d’être envoyé sur la route de l’aventure par l’élément perturbateur. Cela ne veut pas dire que le héros n’a aucun problème, aucun objectif, ni aucune ambition, ni que sa vie est dépourvue de conflit.

Par exemple, dans Hunger Games, la situation initiale de Katniss est d’être coincée dans le district 12. Elle a évidemment des problèmes et des objectifs à ce stade, entre autres nourrir sa mère et sa sœur.

Dans chaque scène, y compris dès le premier chapitre, vos personnages doivent avoir des motivations, des objectifs et rencontrer des obstacles, même avant l’intervention de l’élément perturbateur.

Et dans le cas où le protagoniste mène réellement une vie ennuyeuse ou répétitive, il n’est pas nécessaire de s’attarder dans les détails. Avec une scène bien choisie, on peut faire comprendre au lecteur que la vie du héros est monotone, sans avoir à y passer tout le chapitre. Si le héros mène une vie où il ne se passe jamais rien, il vaut mieux commencer l’histoire à partir du moment où il se passe enfin quelque chose, ce qui m’amène au point suivant :

5) Commencer l’histoire le plus tard possible

Un autre problème que j’ai rencontré avec l’écriture de mon premier chapitre a été que, une fois que j’ai réussi à me convaincre de passer au chapitre suivant, je me suis rendue compte que tout ce que j’avais écrit juste avant était inutile et qu’on aurait pu aisément commencer la lecture au chapitre deux.

Mon erreur était d’avoir fait commencer l’action trop tard. Mon premier chapitre n’était pas spécialement ennuyeux, il s’y passait des choses, mais elles n’avaient pas de grand-rapport avec le reste de l’intrigue, et la plupart des personnages clés n’y apparaissaient même pas.

Cela ne veut pas dire que l’on doive commencer directement par l’élément perturbateur, parfois il est tout de même nécessaire de planter le décor un minimum. Mais la clé est justement de se limiter à ce minimum.

Cela dit, il est parfois difficile de repérer ce genre d’erreur dès le premier jet. Parfois, en tant qu’auteur, on a besoin d’écrire toutes ces scènes superflues qui n’auront pas d’intérêt pour le lecteur mais qui nous servent à mieux connaître les personnages ou l’univers. Ce qui me fait revenir au point n°1 : le premier chapitre sera le passage le plus faible de votre premier jet, écrivez-le surtout pour vous, ne vous mettez pas de pression inutile et amusez-vous. Vous aurez tout le temps de le perfectionner plus tard.

6) Vos astuces ?

Et vous ? Avez-vous vos propres astuces pour écrire le premier chapitre ?

Qu’est-ce qui vous pose le plus de difficulté ?

9 commentaires sur “Ecrire le premier chapitre

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  1. Excellents conseils comme toujours. Je dirais même qu’une bonne partie de ces conseils peuvent s’appliquer à un projet d’écriture dans son ensemble, pas uniquement au premier chapitre.

    Et merci pour le clin d’oeil 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Mais de rien 🙂
      C’est vrai finalement, mais je trouve qu’au premier chapitre on a moins le droit à « l’erreur » parce que le lecteur ne s’est pas encore investi dans l’histoire et les personnages.

      Aimé par 1 personne

  2. Conseils toujours utiles ! Merci pour cet article. Je suis d accord avec toi sur tout, sauf une partie : tu pars du postulat qu’on est sensé écrire le 1er chapitre en 1er. Personnellement c’est presque le dernier que je vais écrire : justement comme tu dis, parce que c’est plus pertinent de savoir où commencer quand on a une idée de l’histoire complète. En fait je n’écris pas dans l ordre chronologique des chapitres, J écris ce qui vient et ensuite je réorganise.

    Aimé par 2 personnes

  3. Merci !
    Tu as tout à fait raison, comme j’ai l’habitude d’écrire dans l’ordre chronologique c’est vrai que je n’y ai pas pensé. Mon petit cerveau n’arrive absolument pas à gérer l’écriture dans le désordre, mais pour ceux qui y arrivent ça peut être une bonne stratégie.
    Merci pour ton ajout !

    Aimé par 1 personne

  4. Bonjour/bonsoir ! (Selon l’heure à laquelle vous lisez mon commentaire. ^^)

    Merci pour votre article, il est vraiment très intéressant et différents des autres posts que j’ai pu voir jusqu’ici. 🙂
    Je viens tout juste d’arriver sur votre blog et je n’ai pas encore regardé tous les articles qu’il propose alors je voulais savoir si vous aviez déjà écrit un article sur le sujet : « Comment terminer l’écriture de son roman ? » ? Si c’est le cas, je le trouverai sûrement en remontant les articles du blog, sinon, cela peut être une idée de prochain article.

    Voilà ! ^^

    Aimé par 1 personne

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