La magie

Bonjour à tous,

Cela fait maintenant plus d’un an que je tiens ce blog dédié à l’écriture de roman de fantasy, et je me rends compte qu’on n’a pas une seule fois parlé de magie ! Il est grand temps d’y remédier.

En réalité, si je n’en ai pas parlé jusqu’ici, c’est parce que la magie est à mes yeux un sujet compliqué. Comment faire pour imaginer un système de magie vraiment original, qui ne donne pas l’impression de déjà vu ? Et quand on a des idées de pouvoirs qui nous tiennent à coeur, comment les intégrer dans un système cohérent et facile à comprendre pour le lecteur ?

Ce sont des interrogations que je n’avais pas réussi à résoudre dans mon premier jet, et que j’ai donc laissé en suspens en attendant de pouvoir y remédier. Deux ré-écritures plus tard, je suis parvenue à imaginer un système qui me satisfait beaucoup plus, même si de nombreux détails restent encore à peaufiner. Pour moi, c’était important d’écrire un système de magie qui ne rentre pas dans les clichés habituels, et surtout je voulais que la magie dans mon roman donne l’impression de presque pouvoir être vraie. (J’ai conscience que c’est un peu abstrait dit comme ça, mais je vous donnerai plus de détails là-dessus plus tard).

Quoiqu’il en soit, je voulais partager avec vous quelques conseils qui m’ont aidée à concevoir le fonctionnement de la magie dans mon roman.

1) Les lois de Sanderson

Quand on parle de système de magie, on est obligé de parler de Brandon Sanderson. En plus d’être un auteur de fantasy à succès, ses œuvres sont surtout connues pour leurs systèmes de magie originaux. Sanderson a théorisé son approche de la magie sous la forme de trois lois.

1. La possibilité de résoudre un problème de manière satisfaisante avec la magie dépend proportionnellement de la compréhension qu’a le lecteur de cette magie.

Pour le reformuler de façon plus simple, on ne peut résoudre un problème avec la magie que si les règles de cette magie sont claires. Sinon, le lecteur risque d’avoir l’impression que la solution est tombée du ciel, et ce n’est évidemment pas satisfaisant. (Cela dit, si les règles de la magie sont floues, on peut tout à fait s’en servir pour créer des problèmes !).

Sanderson fait notamment la différence entre les systèmes de magie dits « durs« , avec des règles claires et immuables (pensez par exemple à l’alchimie dans Fullmetal Alchemist, ou encore les pouvoirs des superhéros), et d’autres systèmes « mous » où on ne connait pas vraiment les limites de la magie (l’exemple typique serait Gandalf dans le Seigneur des Anneaux, ou la femme rouge dans Game of Thrones). Aucun des deux style n’est supérieur à l’autre, mais cela change la façon dont vous pourrez vous en servir pour créer ou résoudre les conflits dans votre intrigue.

2. Les limites de la magie sont plus intéressantes que les possibilités.

Tout est dit. Même si vous donnez des pouvoirs spectaculaires à vos personnages, il est plus intéressant de montrer ce que la magie ne leur permet pas de faire, car cela les oblige à sortir de leur zone de confort pour trouver de nouvelles solutions. Autrement dit, cela permet de créer du conflit, (et sans conflit il n’y a pas d’histoire).

3. Il vaut mieux approfondir un système de magie plutôt que de l’élargir.

(Cette loi me rappelle dangereusement mes cours sur l’Union Europénne…)

Ce qu’on entend par là, c’est qu’il est souvent plus intéressant d’exploiter à fond une magie et d’explorer toutes ses possibilités de façon ingénieuse, plutôt que de chercher à ajouter un trop grand nombre de pouvoirs qui ne seront pas développés en profondeur.

Voilà donc mon petit résumé des lois de Sanderson. Si vous voulez en savoir plus, je vous encourage fortement à aller regarder ses cours d’écriture créative disponibles sur YouTube, si vous êtes anglophones et que vous avez du temps libre, c’est une mine d’or inestimable. A défaut, je vous recommande aussi les articles de Stéphane Arnier qui reprennent plus en détail chacune des lois.

2) Trouver des combinaisons inattendues

En ce qui concerne l’originalité, je crois qu’il n’est pas exagéré de dire que tout a déjà été fait. Auparavant, ce constat m’angoissant beaucoup, car bien souvent ce rend une œuvre de fantasy mémorable, c’est son système de magie (du moins c’est comme ça que je le concevais).

Aujourd’hui, mon point de vue a bien changé. Certes, il n’est peut-être pas possible d’inventer un système magique qui soit totalement inédit et qui ne fasse penser à aucune autre des millions d’histoire qui existent déjà à travers le monde entier. Cependant, ce n’est pas vraiment un problème, puisqu’il n’est pas nécessaire d’en arriver là pour écrire une histoire intéressante.

Pour donner une métaphore, imaginez un grand-chef pâtissier à qui on demanderait d’inventer une nouvelle recette de gâteau. Il va devoir se montrer créatif dans sa façon de combiner différents ingrédients pour créer des saveurs inattendues, mais en aucun cas on ne lui demande de réinventer la farine. Il peut tout à fait créer un nouveau gâteau en utilisant des ingrédients qui existent déjà, d’ailleurs comment ferait-il autrement ?

Pour les systèmes de magie, c’est pareil ! Vous avez tout à fait le droit de réutiliser des concepts déjà vus ailleurs, ce qui compte c’est de leur trouver une utilisation inattendue. J’ai constaté que dans mes œuvres de fantasy préférées, les systèmes de magie les plus originaux sont ceux qui combinent des concepts contradictoires ou inattendus.

Par exemple, dans Avatar : le dernier maitre de l’air, le système des pouvoirs est basé sur les quatre éléments de la nature (l’air, le feu, l’eau et la terre), ce qui en soit n’est pas spécialement original. La plupart des histoires avec des fées ou des sorcières utilisent un système de pouvoir basé sur les éléments… Mais ce qui permet à Avatar de se démarquer, c’est la combinaison entre le contrôle des éléments et les arts martiaux, entre autres.

Pour en revenir à Fullmetal Alchemist, l’alchimie n’est pas en soi un concept nouveau. Ce qui est novateur en revanche, c’est d’imaginer que l’on puisse s’en servir comme d’une arme militaire, avec tous les problèmes éthiques que cela implique.

3) La magie qui complimente l’histoire

Ce dernier exemple m’amène à parler du point suivant : vous pouvez utiliser la magie pour souligner certains aspects de l’histoire, pour illustrer certains thèmes ou encore pour faire écho à l’évolution des personnages (voire tout à la fois).

Vous pouvez par exemple imaginer un système de magie qui repose sur des capacités que votre personnage principal ne possède pas, ou mal, de façon à l’obliger à surmonter ses défauts. Vous pouvez également choisir d’attribuer à vos personnages des pouvoirs qui complimentent leurs personnalités respectives, ou bien qui révèlent quelque chose de leur psychologie profonde.

La magie peut également devenir un symbole des thèmes centraux à votre histoire. Dans Fullmetal Alchemist, l’alchimie repose sur la loi de « l’échange équivalent » : pour obtenir quelque chose, il faut sacrifier une chose de même valeur. Cette règle résonne avec l’une des questions centrales du manga qui s’interroge sur la valeur de la vie humaine.

Pensez également à la façon dont la magie peut amplifier ou provoquer de nouveaux conflits au sein de l’intrigue, soit par exemple parce que la magie crée davantage de problèmes, ou bien parce qu’elle ne peut pas être utilisée pour résoudre un problème spécifique.

Enfin, le système de magie peut aussi servir à caractériser le monde dans lequel les personnages évoluent. Demandez-vous quelle est l’atmosphère ou l’émotion que vous chercher à créer ? L’histoire se déroule-t-elle dans un monde plutôt bienveillant et chaleureux ou bien dans une société cruelle et violente ? La façon dont la magie est perçue et utilisée peut-être un très bon indicateur de la culture dominante.

4) Vos conseils

N’hésitez pas à partager vos propres conseils pour concevoir un système de magie dans les commentaires si vous en avez d’autres. Etant donné que mon propre système n’est pas tout à fait terminé, je suis preneuse !

La semaine prochaine, je vous donnerai quelques pistes de réflexions plus concrètes pour inventer un système de magie bien détaillé.

5 commentaires sur “La magie

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  1. Ma règle à moi, qui ne vaut rien du tout, parce que je ne l’ai pas vraiment suivie, c’est que la magie ne doit pas fonctionner comme la technologie. Elle n’est pas fiable, elle n’est pas prévisible. Et surtout, du point de vue de l’histoire, ce qui est précieux pour un auteur: elle doit générer plus de complications qu’elle ne règle de problèmes.

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    1. Ca ressemble plus à un « système mou » alors.
      Personnellement, je préfère justement l’inverse, presque comme une science, mais c’est vrai que dans ce cas de figure on perd un peu le sentiment d’émerveillement et de mystère.
      Comme d’habitude, tout dépend de l’effet qu’on veut créer ! (Après c’est aussi possible de combiner les deux, Harry Potter le fait très bien)

      Aimé par 1 personne

      1. Ma démarche est double: générer une situation romanesque intéressante et m’approcher des traditions magiques de notre histoire, l’hermétisme, la magie chaotique, la sorcellerie, qui suivent toutes des règles, une méthode mais pas à proprement parler une logique, si ce n’est la logique molle du langage et des rêves.

        Aimé par 1 personne

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